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JOURNÉE AEEMA – 12 MAI 2022 : L’AEEMA A 40 ANS ; QUELLES PERSPECTIVES EN ÉPIDÉMIOLOGIE ANIMALE ?

L’AEEMA a 40 ans
Toma Bernard et Dufour Barbara
L’AEEMA a été fondée en 1982 avec pour objectif de faciliter la communication entre des personnes francophones intéressées par l’épidémiologie des maladies animales.
Elle atteint son objectif grâce à de multiples actions :
  • Des Journées annuelles, thématiques ou de présentation de résultats de recherches et des ateliers méthodologiques,
  • La production de livres et d’une revue ainsi que la participation à des formations,
  • La création de groupes de réflexion,
  • La mise à disposition de nombreuses ressources sur son site Internet : Terminologie, Fiches techniques pour tous, Chroniques scientifiques, Actualités comme la COVID-19 et le monde animal, etc.
Elle rassemble actuellement de l’ordre de 300 personnes dont la moitié appartenant à une dizaine de pays d’Europe et d’Afrique.
Le texte décrit et commente ces activités.
 
Apport de la modélisation épidémiologique à la santé animale
Ezanno Pauline, Arnoux Sandie, Beaunée Gaël, Cecilia Hélène,
Cristancho-Fajardo Lina, Picault Sébastien, Vergne Timothée et Vergu Elisabeta
Anticiper les dynamiques d’infection, à toutes les échelles (hôte, troupeau, bassin de production), permet de limiter l’impact des épizooties en identifiant des interventions adaptées selon la situation épidémiologique. Cet enjeu, crucial pour assurer durabilité de l’élevage, santé publique vétérinaire et bien-être animal, s’accentue encore en contexte de changements globaux du fait de l’évolution des composantes du système. La modélisation épidémiologique fournit un cadre d’analyse pertinent pour répondre à cet enjeu, complémentaire des approches observationnelles et expérimentales.
Dans cet article, les apports de la modélisation épidémiologique sont illustrés au travers de quatre exemples de maladies animales : la diarrhée virale bovine, souvent étudiée dans un cadre mono-espèce d’hôte et de virus ; la peste porcine africaine, circulant à l’interface entre faunes sauvage et domestique ; les maladies respiratoires, dont la détection s’appuie de plus en plus sur l’utilisation de capteurs dans un contexte d’élevage de précision ; les maladies vectorielles, dont l’épidémiologie s’appuie sur une composante écologique forte, du fait de la multiplicité des espèces d’hôtes et de vecteurs, à la dynamique de population fortement impactée par les caractéristiques environnementales et climatiques.
Ces exemples, englobant une diversité de situations du point de vue de la complexité des pathosystèmes, la dynamique épidémiologique engendrée et les liens avec l’environnement, permettront d’aborder les défis méthodologiques des approches de modélisation encore à relever : interconnexion aux données d’observation, modélisation en temps réel, intégration dans une approche One Health - Eco Health, prise en compte des interactions entre échelles, co-construction des modèles avec les gestionnaires de la santé animale et les décideurs publics, et modélisation des mécanismes décisionnels.
 
Regard sur l’apport de l’économie à la gestion collective des maladies infectieuses animales
Rault Arnaud
La gestion collective des maladies infectieuses animales est en premier lieu du ressort de divers spécialistes des processus biologiques, ayant recours à des sciences telles que l’épidémiologie, la virologie ou l’immunologie. Toutefois, l’expérience et les épizooties récentes montrent le rôle central des actions humaines dans la propagation et la maîtrise de dynamiques infectieuses. Les sciences sociales apportent ainsi un éclairage complémentaire, et parmi celles-ci la science économique a montré son importance pour la compréhension des facteurs humains explicatifs des états de santé des troupeaux. Au travers d’une sélection de publications récentes dans ce domaine, cet article propose d’expliciter quelques points saillants de recherche économique qui enrichissent la compréhension de dynamiques infectieuses en élevage et servent d’appui aux décisions publiques de gestion sanitaire.
 
Apport de l’écologie à l’épidémiologie en santé animale
Gilot-Fromont Emmanuelle
L’écologie et l’épidémiologie sont deux disciplines éloignées, historiquement et conceptuellement. Cependant, les échanges se sont développés entre elles, notamment par le biais de la modélisation, une méthode commune pour formaliser la dynamique des interactions entre les populations d’hôtes et d’agents pathogènes. De nombreux concepts écologiques sont à même d’enrichir l’approche épidémiologique et nous l’illustrons par plusieurs exemples.
Prendre en compte la dynamique évolutive des interactions, entre hôtes et agents pathogènes, permet tout d’abord de comprendre les changements de virulence, en particulier en lien avec la démographie de la population d’hôtes. Il est également crucial de considérer les compromis entre traits d’histoire de vie, en particulier entre traits immunitaires, qui permettent d’expliquer des interactions indirectes entre l’épidémiologie d’agents pathogènes très différents comme les helminthes et les bactéries. Enfin, la dynamique des populations et la dynamique épidémiologique interagissent entre elles, ce qui explique les effets de perturbation induits par certaines mesures sanitaires. L’interaction entre écologie et épidémiologie, dans le cadre commun « One Health », est donc attendue pour les enrichir et pour aboutir à l’émergence de nouveaux champs d’investigation, par exemple, à l’échelle des communautés. La démarche interdisciplinaire demandera encore de définir ses objectifs et ses méthodes communes pour développer pleinement l’épidémiologie écologique.
 
Apport de la phylodynamie à l’épidémiologie en santé animale
Guinat Claire, Vergne Timothée, Kocher Arthur, Chakraborty Debapriyo, Paul Mathilde C., Ducatez Mariette et Stadler Tanja
Les maladies infectieuses constituent un fardeau majeur pour les économies mondiales et la santé, humaine comme animale. Jusqu'à présent, la quantification de la propagation des maladies infectieuses en vue de l’élaboration des politiques de lutte s'est traditionnellement appuyée sur les données épidémiologiques collectées lors des épidémies. Bien que les données épidémiologiques soient d'une importance capitale pour quantifier les paramètres de transmission lors des épidémies, les données génétiques constituent une autre source d'information extrêmement précieuse.
L'accessibilité croissante aux données génétiques, les capacités informatiques et le développement de nouvelles méthodes ont récemment conduit à des extensions dans le domaine de la phylogénétique, appelées approches phylodynamiques, qui permettent aussi de répondre à cet objectif. Ici, nous fournissons des exemples de cas où cette nouvelle discipline a amélioré la gestion des maladies dans le domaine de la santé humaine et animale. En particulier, nous décrivons comment la phylodynamie peut répondre à des questions épidémiologiques fondamentales, comme quantifier la dynamique de transmission des agents pathogènes au sein des populations, notamment à l’interface faune sauvage-faune domestique, et générer des informations importantes pour la conception de stratégies de lutte plus efficaces.
 
Apport de la sociologie/anthropologie à l’épidémiologie en santé animale
Thys Séverine
Plusieurs des stratégies les plus rentables de lutte contre les maladies zoonotiques négligées impliquent de réduire la prévalence de la maladie au sein du réservoir animal, et de telles approches ont souvent un impact profond sur la culture, les moyens de subsistance et les modèles sociaux et comportementaux des communautés humaines touchées, y compris sur les relations et les pratiques sociales qui arbitrent les frontières poreuses entre les humains et les animaux dans leur écosystème.
Trois études de cas ont été menées dans des contextes endémiques spécifiques : l’échinococcose kystique (Maroc), la cysticercose porcine (Zambie) et la rage (Afrique du Sud). Elles visaient à illustrer et à démontrer la valeur ajoutée d’inclure l’approche socio-anthropologique pour contextualiser la dynamique de transmission des maladies chez les propriétaires de bétail et dans leur communauté, y compris la connaissance et la perception des zoonoses. Elles ont également eu pour objectifs d’identifier les facteurs facilitants et les obstacles aux interventions, ainsi que de soutenir les efforts visant à contrôler les maladies animales qui évoluent dans des circonstances complexes et avec des populations marginalisées afin de mieux répondre aux besoins des différents acteurs.
 
Place de l’épidémiologie dans la prise de décision en santé animale
Lefrançois Thierry et Dufour Barbara
L’épidémiologie s’est progressivement imposée, notamment au cours des crises sanitaires, comme une discipline incontournable pour fournir des éléments scientifiques pertinents aux gestionnaires de santé, et ainsi éclairer la décision publique.
Cet article passe en revue successivement :
  • L’utilité des différents secteurs de l’épidémiologie dans la prise de décision en santé animale, en prenant des exemples traités par des agences de sécurité sanitaire animale dans chacun de ces secteurs : épidémiologie descriptive, épidémiologie analytique, modélisation, analyse de risque ;
  • Les limites de la prise en compte des informations épidémiologiques dans la prise de décision en santé animale ;
  • L’exemple, en santé humaine, du Comité scientifique d’experts dans la gestion de la crise de la COVID-19 ;
  • Les difficultés rencontrées et les évolutions possibles.
En présence de chaque situation sanitaire devant conduire à une prise de décision, les décideurs ont également à prendre en compte de nombreuses informations d’ordre économique, social, politique ou international. Les informations épidémiologiques sont capitales, bien sûr, mais non suffisantes et non exclusives. Dans le domaine sanitaire, tant humain qu’animal, les décisions prises en France sont, en général, convergentes avec les propositions des experts épidémiologistes. Des suggestions sont évoquées pour optimiser la prise en compte par les décideurs des données scientifiques et notamment épidémiologiques, en vue d’une décision éclairée
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JOURNÉE AEEMA – 13 MAI 2022 : COMMUNICATIONS
 
Évaluation de la contribution des Parcs nationaux français à une stratégie sanitaire pour la faune sauvage de métropole par la méthode Oasis
Hendrikx Pascal, Hadibi Sabrine et Durand Thierry
Les Parcs nationaux de France métropolitaine ont sollicité l’Anses pour réaliser une évaluation initiale du volet surveillance de leur contribution à une stratégie sanitaire pour la faune sauvage de métropole. L’évaluation a été réalisée à l’aide de la méthode Oasis. L’analyse des résultats fournis par cette évaluation a permis de mettre en évidence plusieurs points forts : le caractère multi-partenarial de l’élaboration de la stratégie sanitaire et l’historique important en matière de surveillance sanitaire des populations sauvages s’appuyant sur des acteurs compétents. Les pistes d’amélioration identifiées et décrites sous la forme de 22 recommandations concernent :
1.  l’élaboration d’un document spécifique déclinant le volet surveillance de la stratégie sanitaire incluant,
2.  une réflexion sur les objectifs de surveillance et les dangers sanitaires à intégrer,
3.  une révision de l’organisation institutionnelle centrale en matière de pilotage, d’appui scientifique et technique et de coordination,
4.  l’harmonisation des méthodes et des outils de surveillance à l’échelle de l’ensemble des parcs nationaux.
 
Cartographie du risque d’introduction et d’exposition à la tuberculose bovine à Mycobacterium bovis au Sénégal à partir des pays limitrophes en 2018
Ndour Andrée Prisca Ndjoug, Seck Ismaïl, Coulibaly Fatoumata, Kone Philippe Soumahoro et Akakpo Ayayi Justin
Devenue zoonose prioritaire au Sénégal depuis 2017, la lutte contre la tuberculose bovine à Mycobacterium bovis (TbB) dans ce pays implique l’identification des points critiques d’intervention, compte tenu de la prévalence élevée de l’infection dans les pays frontaliers. Cette analyse qualitative du risque couplée à la cartographie (AQRC) fondée sur le risque a permis d’apprécier la probabilité d’introduction de la TbB et d’exposition à cette maladie au Sénégal en 2018. Partant de l’approche qualitative du risque de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et des discussions collégiales avec les différents experts de la Mauritanie, du Mali, de la Guinée, de la Guinée Bissau et de la Gambie, des scores ont été attribués aux différents niveaux de probabilité d’introduction et d’exposition de la maladie (score 1 à 3 pour Négligeable ; score 4 à 6 pour Faible ; score 7 à 9 pour Élevé ; score 10 à 12 pour Très élevé).
Les indicateurs de mobilité animale spécifique, déterminés sur la base des mouvements d’animaux, la densité des bovins, l’étendue (en km) des surfaces d’eau (rivières, lacs, etc.) et de l’accessibilité aux frontières, ont permis de conclure à des probabilités d’introduction élevées (8 %) et très élevées (9 %) du bacille tuberculeux au Sénégal à partir des communes situées aux frontières. Les probabilités d’exposition à M. bovis sont évaluées comme étant élevées et très élevées, respectivement, pour 49 % et 11 % des 423 communes du pays. La mise en place d’un système d’alerte efficace et précoce tiendra compte des niveaux de risque assignés pour identifier les zones prioritaires d’intervention.
 
HISTOIRE DE L’ÉPIDÉMIOLOGIE
 
Historique de l’apparition de mots correspondant au concept Épidémiologie dans la littérature scientifique occidentale
Steinfeld Nadine
Cet article se propose d’établir l’étymologie du terme français épidémiologie, en étudiant parallèlement celle de ses corrélats en néo-latin, en allemand, en espagnol, en italien et en anglais. Il s’avère que le mot apparaît pour la première fois en 1598, en Sardaigne, chez le médecin calabrais latinophone Angelerio, dans son livre intitulé Epidemiologia traitant de la peste humaine.
On relève ensuite Epidemiologie en 1795, en allemand (Gruner), quelques années avant la publication en 1802, à Madrid, de l’Epidemiología española ó historia cronológica de las pestes, contagios, epidemias y epizootias que han acaecido en España desde la venida de los cartagineses hasta el año 1801, con noticia de algunas otras enfermedades de esta especie que han sufrido los españoles en otros reynos, y de los autores nacionales que han escrito sobre esta materia, asi en la peninsula como fuera de ella, un ouvrage à fort retentissement international dû à l’éminent médecin espagnol Joaquin de Villalba. Nous faisons remarquer que le titre comporte le mot epizootias, ce qui donne à entendre que pour Villalba l’épidémiologie n’est pas une science exclusivement tournée vers la santé humaine, mais qu’elle se préoccupe aussi de la santé animale.
On trouve le terme épidémiologie en français à partir de 1803 en tant que traduction du titre en langue espagnole de l’ouvrage de Villalba, lequel semble avoir été à l’origine de l’introduction du mot dans d’autres langues, dont l’italien epidemiologia (1814) et l’anglais epidemiology (1817).
 
INFORMATIONS
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