Juillet 2017 : Cécile Adam vous parle de l'article « Understanding veterinarians’ prescribing decisions on antibiotic dry cow therapy » de Higgins et al.

Chaque mois, un membre de l’AEEMA met en avant un article scientifique de son choix. photo cécile

Ce mois-ci, Cécile Adam, vétérinaire inspecteur et actuellement doctorante au sein de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et de l'INRA, vous propose l’article «Understanding veterinarians’ prescribing decisions on antibiotic dry cow therapy» écrit par Higgins et al. et publié dans Journal of Dairy Science en 2017. 

Le résumé de cet article est disponible ici.

 

Pouvez-vous nous résumer brièvement l’article ?

Cet article vise à comprendre comment les vétérinaires choisissent entre une antibiothérapie de couverture systématique au tarissement et une antibiothérapie sélective avec obturateurs de trayon. L’objectif est également d’identifier les freins et les motivations à l’adoption de l’antibiothérapie sélective avec obturateurs, qui permettent de réduire l’usage des antibiotiques. Vingt entretiens semi-directifs ont été menés avec des vétérinaires anglais ayant une activité rurale. Les auteurs montrent que prioriser l’antibiothérapie sélective est difficile pour les vétérinaires, tant parce qu’elle implique de modifier une pratique efficace et reconnue, que parce qu’elle place le vétérinaire dans une situation de conflit d’intérêt. L’expérience des vétérinaires et la confiance qu’ont leurs clients en eux sont par ailleurs indispensables pour qu’ils puissent imposer l’antibiothérapie sélective, ce qui explique que les jeunes praticiens éprouvent des difficultés à faire ce choix thérapeutique. L’antibiothérapie de couverture constitue par ailleurs pour les vétérinaires un moyen de gérer l’incertitude autour du risque de mammite. Toutefois même si les vétérinaires expérimentés ont indiqué préférer avoir recours à l’antibiothérapie sélective, ils reconnaissent en majorité prescrire l’antibiothérapie systématique. Les vétérinaires estiment qu’un engagement commun de l’ensemble de la profession sur l’utilisation de l’antibiothérapie sélective pourrait contribuer à les aider à imposer cette technique.

 

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant cet article ?

Premièrement, la méthodologie qualitative utilisée est intéressante pour mettre en évidence ce qui peut freiner l’adoption de bonnes pratiques en antibiothérapie. Des publications en médecine humaine ont déjà bien montré que la diffusion de recommandations vers les professionnels ne suffisait pas, car l’acte de prescription – mais aussi d’administration – est très complexe et multifactoriel, impliquant des facteurs à la fois cliniques et non cliniques.

Deuxièmement, les conclusions de l’article mettent en lumière le fait que la perception du problème lié au choix entre ces deux options thérapeutiques dépend de l’expérience des vétérinaires. Outre le difficile conflit d’intérêt entre prioriser l’usage responsable des antimicrobiens et perdre des clients, les vétérinaires les moins expérimentés doivent gagner la confiance des éleveurs. L’article suggère donc deux leviers d’action possibles : « parrainage » des vétérinaires les plus jeunes par des confrères plus expérimentés et aide des vétérinaires dans la gestion du conflit d’intérêt énoncé.

 

Y a-t-il des points abordés dans l’article qui vous ont laissé perplexe ou que vous auriez aimé voir plus développés ?

On peut regretter que les entretiens n’aient duré qu’entre 20 et 45 minutes, ce qui est court pour permettre à l’interviewé de se sentir en confiance et de s’exprimer largement.

Ensuite je modulerais la recommandation finale selon laquelle les vétérinaires les plus expérimentés doivent chapeauter les plus jeunes sur cette question. En effet, il a été montré que les vétérinaires privilégient leur expérience aux guides de bonnes pratiques pour décider d’une antibiothérapie. En milieu hospitalier en médecine humaine, Charani et al. ont parlé d’ « étiquette de prescription » pour désigner le fait que les pratiques de prescription sont établies par les praticiens les plus expérimentés, et qu’aller à l’encontre de cette « étiquette » est compliqué pour de jeunes praticiens. Les vétérinaires les plus expérimentés doivent donc faire bénéficier les plus jeunes du capital confiance dont ils jouissent auprès des éleveurs, tout en prenant garde de mettre à jour leurs connaissances en antibiothérapie.

 

Merci à Cécile Adam ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) pour sa contribution.

Vous aussi souhaitez proposer un article scientifique pour cette rubrique ? Consultez les recommandations et envoyez-nous votre contribution.

A noter qu’il n’y a pas de comité de lecture pour cette rubrique et que le contenu n’engage que le contributeur du mois.

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