2017-71 Sommaire

 

Couverture - 2017-71
Tarifs pour 2018
Recommandations aux auteurs

 

SOMMAIRE

 

Éditorial

Dufour Barbara

 

JOURNÉE AEEMA - 23 MARS 2017 : IMPLICATIONS ÉPIDÉMIOLOGIQUES DU CONCEPT « UNE SEULE SANTÉ »

 

"Une seule santé" : vers une meilleure collaboration entre médecine humaine et médecine vétérinaire

Zinsstag Jakob

Le concept courant « Une seule santé » a ses racines, entre autres, dans la notion « Une seule médecine » propagée par l’épidémiologiste américain Calvin Schwabe. Nous définissons le concept moderne « Une seule santé » par la valeur ajoutée, en termes d’amélioration de la santé des hommes et des animaux, de l’économie de ressources financières et de la fourniture de meilleurs services environnementaux, à travers une meilleure collaboration entre la médecine humaine et vétérinaire et d’autres disciplines académiques. Nous avons validé cette notion par plusieurs exemples des études de cas en Afrique et en Asie. Cependant, « Une seule santé », bien démontrée dans les pays du Sud, a aussi de fortes implications et potentiels pour les pays industrialisés en tant qu’innovation inversée. « Une seule santé » fait partie du concept plus élargi d’éco-santé (ecohealth.net) et évolue vers une approche systémique appelée « la santé dans les systèmes socio-écologiques » (Health in Social-Ecological Systems).

 

Épidémiosurveillance des zoonoses dans la faune sauvage (mamifères et oiseaux) en France

Richomme Céline, Rossi Sophie, Mailles Alexandra, Desvaux Stéphanie et Decors Anouk

La faune sauvage intervient dans l’épidémiologie de maladies infectieuses ou parasitaires transmises des animaux (y compris domestiques) à l’Homme. De plus, les interfaces environnementales entre l’Homme et les animaux sauvages évoluent avec l’augmentation de la fragmentation des milieux ou encore l’apparition de nouveaux usages de la nature. Aussi, l’approche multidisciplinaire des problèmes de santé et la vigilance intersectorielle apparaissent clairement nécessaires, et les investigations épidémiologiques de la faune sauvage sont maintenant plus régulièrement intégrées dans les dispositifs nationaux ou locaux de surveillance des zoonoses. Après avoir présenté les dispositifs et actions assurant la surveillance sanitaire des mammifères et oiseaux sauvages en France, nous décrivons, à partir d’exemples choisis, leurs interactions et connexions avec les acteurs de santé publique.

 

Zoonoses parasitaires d’origine alimentaire à réservoir sauvage en France : aspects en santé publique

Dupouy-Camet Jean, Yera Hélène, Bourée Patrice et Aliouat-Denis Cécile-Marie

Nous analysons ici l’incidence en santé publique des zoonoses parasitaires transmises par l’alimentation et pour lesquelles la faune sauvage est réservoir. Celles-ci demeurent peu nombreuses, sauf pour la grave échinococcose alvéolaire dont l’incidence semble augmenter. La modification des modes de production du porc (plein air) pourrait augmenter l’incidence de la trichinellose. La consommation accrue de poisson cru ne semble pas avoir augmenté l’incidence des cas d’anisakidose.

 

Implications épidémiologiques du concept « Une seule santé » : exemple de la fièvre Q

Armengaud Alexis

L’approche intégrée « Une seule santé » prône une collaboration accrue entre les médecines humaine et vétérinaire. La plupart des épidémies de fièvre Q décrites en France et aux Pays-Bas ont été favorisées par la proximité entre les élevages et les habitats humains, la densification des élevages et le développement des manifestations touristiques en milieu rural qui accroissent les situations d’exposition collective à Coxiella burnetii. Des évaluations de risques ont été réalisées et des recommandations de prises en charge proposées, tant dans le champ vétérinaire que médical, afin de limiter les expositions à l’agent de la fièvre Q et mieux prendre en charge les personnes exposées et les malades. Anticiper et prévenir les expositions collectives est un enjeu de santé publique. L’exemple de la fièvre Q montre l’intérêt de renforcer les collaborations pour améliorer la santé humaine et animale.

 

Investigations dans un élevage porcin contaminé par des polluants organiques persistants et mise en évidence d’une source environnementale peu documentée

Vaccher Vincent, Picherot Mélanie et Marchand Philippe

Lors d'un plan de surveillance national diligenté par la Direction générale de l’alimentation (DGAl), un échantillon de graisse de porc a été déclaré non conforme pour la somme des dioxines (PCDD/F) et PCB dioxin-like (PCB-DL) au regard de la réglementation européenne. Le LABERCA, Laboratoire national de référence du Ministère en charge de l’agriculture pour ces composés, associé à la Mission des urgences sanitaires et aux Directions départementales en charge de la protection des populations, a mené des investigations approfondies afin de déterminer, dans les meilleurs délais, la source de contamination au sein de l’élevage de provenance. C’est dans cette optique qu’un nombre important d'échantillons représentatifs de toutes les sources potentielles présentes dans l’exploitation ont été sélectionnés, tant au niveau alimentaire qu’au niveau environnemental. Au total, 130 échantillons ont été prélevés et analysés en PCDD/F et PCB-DL par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (GC-HRMS). Bien que la plupart des échantillons présentaient des quantités significatives de PCB, une seule source, extrêmement contaminée, a été désignée pour expliquer la contamination dans les denrées animales issues de l’exploitation. La contamination observée avait pour origine des peintures d’une citerne de stockage qui se décollaient de leur support et se retrouvaient dans la fosse à pré-soupe située à moins de deux mètres de ladite citerne. Des quantités marquées de PCB ont été quantifiées dans ces peintures, avec des valeurs dépassant 1.106 pg par gramme de matrice pour les PCB-DL. L’hypothèse d’une contamination par ces peintures a été confortée par l’étude des profils des congénères PCB, qui a permis de démontrer de manière univoque une signature comparable entre le matériau et l’aliment contaminé.

 

Le concept « Une seule santé » dans l’Océan Indien : un concept en action !

Cardinale Éric, Rasamoelina-Andriamanivo Harena, Cetre-Sossah Catherine, Onzade Charafoudine, Saïd Anli Aboubacar, Andriamainty Fils, Ratsitorahina Maherisoa, Meenowa Deodass, Gujadhur Viripan, de Valicourt Loïse, Filleul Laurent, Mélanie Jimmie, Bibi Jastin, Abdou Azali Hamza, Collard Jean-Marc et Flachet Loïc

En 2005, une épidémie de Chikungunya a touché des dizaines de milliers de personnes dans la région de l'Océan Indien. Cet événement a confirmé que le partage des informations sanitaires au sein des pays de la Commission de l'Océan Indien (Comores, Madagascar, Maurice, France/Réunion et Seychelles) était essentiel. Parallèlement, des zoonoses comme la fièvre de la vallée du Rift et d'autres maladies animales à fort impact économique comme la peste des petits ruminants se sont déclarées, mettant en danger la sécurité alimentaire dans la région. Pour faire face à ces menaces, une approche « One Health, une seule santé » a été développée avec la mise en œuvre du réseau SEGA One Health, chargé de la surveillance des maladies infectieuses humaines et animales et du dispositif en partenariat One Health Océan Indien, son alter ego chargé de la recherche.

 

Évaluation de la journée AEEMA du 23 mars 2017

 

JOURNÉE AEEMA - 24 MARS 2017 : COMMUNICATIONS

 

Les défis de la mise en place de l’approche « One Health »

Danuser Jürg, Bruhn Silke et Balmer Sandra

L’approche "One Health" a pour objectif de créer une valeur ajoutée pour la santé humaine et animale ainsi que pour l’environnement. Il s’agit de détecter et de combattre efficacement les dangers émergents. En Suisse, un organe spécial chargé de mettre en place cette approche au sein de l’administration réunit les représentants des offices fédéraux compétents et des organes d’exécution cantonaux. Les responsables exigent que l’on s’attaque aux thèmes importants tels que l’antibiorésistance, les zoonoses ou les conséquences des changements climatiques sur la santé en intégrant l’approche "One Health" dans les stratégies existantes.

 

Modélisation de la persistance enzootique des virus influenza A en élevage porcin : analyse des conditions de persistance et identification de stratégies de maîtrise

Cador Charlie, Andraud Mathieu, Lander Willem et Rose Nicolas

Les élevages porcins de type naisseur-engraisseur sont aujourd’hui fréquemment infectés par plusieurs sous-types de virus influenza porcins (VIP), devenus enzootiques dans la population et responsables d’épisodes infectieux se répétant en élevage sur chaque bande et à âge fixe. La co-circulation de ces différents sous-types et de leurs réassortants conduit à des infections consécutives ou simultanées qui favorisent la persistance enzootique des VIP au sein des élevages. Le déterminisme de la persistance de la grippe en élevage est cependant très complexe et fait intervenir plusieurs paramètres de nature épidémiologique (spécificités de la population structurée et dynamique), virologique (co-circulation de différentes souches) et immunologique (impact de l’immunité passive sur la propagation virale) qui ne sont pas indépendants. Le modèle stochastique de métapopulation proposé représente la co-circulation de deux VIP dans un élevage de type naisseur-engraisseur dans le but (i) d’identifier les conditions associées à la persistance enzootique des VIP en élevage, et (ii) d’évaluer des mesures de maîtrise relatives à la conduite d’élevage et à la vaccination visant à rompre ces cycles d’infection. Le paramétrage du modèle s’appuie sur des données expérimentales de transmission produites spécifiquement dans ce but (quantification de la transmission en présence/absence d’immunité maternelle, évaluation de la transmission par la voie aéroportée). Le modèle a permis d’identifier l’immunité maternelle, la transmission par voie aéroportée et les conduites en bandes en flux tendu en tant que facteurs favorisant la persistance des virus influenza enzootiques en élevage. Bien que la vaccination des reproducteurs montre un effet bénéfique chez les truies en réduisant la persistance dans cette sous-population, elle ne permet pas l’extinction du virus sur la totalité de l’élevage (persistance maintenue chez les porcs en croissance). L’externalisation de bandes de porcelets au sevrage, permettant de rompre la répétition quasi-mécanique du processus infectieux, apparait comme la mesure la plus efficace.

 

Surveillance syndromique du virus West-Nile utilisant les données de rapaces des centres de soins de la faune sauvage

Alba Ana, Perez Andrés, Ponder Julia, Puig Père, Wünschmann Arnold, VanderWaal Kimberly, Alvarez Julio et Willette Michelle

Les Centres de soins de la faune sauvage (CSFS) récoltent régulièrement de multiples données sur la santé de diverses espèces. Leur utilité pour détecter l'émergence d'agents pathogènes et améliorer la surveillance traditionnelle reste grandement inexplorée. Ce travail a évalué l'utilité des données enregistrées sur les rapaces admis au Centre de Rapaces (The Raptor Center, en abrégé TRC) pour indiquer la circulation du virus West-Nile (VWN) dans le Minnesota, États-Unis, entre 1990 et 2014. Au départ, pour identifier le groupe des rapaces qui pourrait indiquer la circulation du virus, on a effectué une analyse descriptive et une comparaison des séries temporelles regroupées par groupe aviaire, espèce et signes cliniques. Cette analyse a permis de visualiser l’évolution temporelle des admissions de différents groupes et d’identifier des variations notables après l’arrivée du VWN en 2002. Selon cette analyse, le groupe des buses et des éperviers admis au TCR avec des signes semblables à ceux d’une infection par le VWN pourrait indiquer la circulation du VWN. Pour évaluer l’effet du VWN dans ce groupe, une étude des séries temporelles interrompues a été réalisée. Les résultats suggèrent que la surveillance des buses et des éperviers admis au TRC avec des signes compatibles d’infection par VWN pourrait servir d'indicateur de circulation du virus. Ces conclusions ont été confortées par les résultats du laboratoire. Ainsi, nous démontrons que la surveillance de données recueillies par les CSFS peut révéler la propagation d’agents pathogènes chez les animaux sauvages, les animaux domestiques et l’Homme, en permettant la détection de l’apparition d’une maladie dans une région et une surveillance des tendances d’évolution de cette maladie. En conclusion, les données recueillies dans les CSFS peuvent aider à allouer plus efficacement des ressources financières et humaines pour la prévention de maladies.

 

Crise sanitaire dans l’Océan Indien : virus de la fièvre aphteuse aux Îles Maurice et Rodrigues en 2016

Relmy Anthony, Romey Aurore, Gorna Kamila, Blaise-Boisseau Sandra, Laloy Ève, Meenowa Deodass, Samoisy Karen, Harena Rasamoelina, Ram Ramjee, Aboo Jahangeer, Cardinale Éric, Sailleau Corinne, Lecollinet Sylvie, Zientara Stephan et Bakkali Kassimi Labib

La fièvre aphteuse (FA) est une maladie animale virale contagieuse affectant les artiodactyles domestiques et sauvages (bovins domestiques et sauvages comme le buffle africain, porcins, ovins, caprins, …). Cette maladie répandue dans le monde entier est enzootique dans certaines parties de l'Asie, de l'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Amérique du Sud. Elle est plus rarement retrouvée dans les îles. L'agent responsable est un virus du genre Aphtovirus appartenant à la famille Picornaviridae et nommé FMDV (Foot-and-Mouth Disease Virus). Il présente une importante variabilité génétique et antigénique avec sept sérotypes immunologiquement distincts (O, A, C, Asia 1, SAT 1 à 3), chacun subdivisé en plusieurs sous-types. De nombreux cas cliniques ont été rapportés au sud-est de l’Afrique sur les îles Maurice et Rodrigues en juillet-août 2016. Sollicité par les services vétérinaires mauriciens, le LNR de Maisons-Alfort a mis en place un diagnostic d’urgence visant à détecter et caractériser le virus en cause dans cette épizootie. Ces résultats ont permis d’identifier la souche incriminée et de guider le choix du vaccin adapté pour stopper sa propagation. Cet article décrit les conditions de détection de ce virus, les résultats d’analyses et leur interprétation, ainsi que les répercussions de l’épizootie dans ces deux îles.

 

Mycobacterium microti, un agent tuberculeux méconnu

Michelet Lorraine, de Cruz Krystel, Karoui Claudine, Hénault Sylvie et Boschiroli Maria-Laura

Nous présentons une étude rétrospective réalisée au Laboratoire national de référence Tuberculose sur des données des 15 dernières années concernant Mycobacterium microti, agent de la tuberculose des petits rongeurs. Entre 2002 et 2016, 103 cas chez des animaux d’une grande variété d’espèces domestiques et sauvages ont été identifiés en France, dont 68 ces deux dernières années. Cette augmentation est principalement due à la confirmation des cas par des méthodes moléculaires utilisées pour le diagnostic de la tuberculose animale en France. Tout comme pour M. bovis et la tuberculose bovine, nous avons constaté une large répartition géographique de M. microti avec une localisation très marquée de certains génotypes par région. Le nombre important de cas rapportés ces dernières années suggère que la prévalence des infections avec ce pathogène pourrait avoir été sous-estimée jusqu’à présent. Par ailleurs, étant donné le potentiel zoonotique de M. microti, le risque d’exposition pour les populations humaines serait également à prendre en compte dans le futur. Une surveillance accrue de la tuberculose animale et humaine, fondée sur des outils moléculaires, pourrait aider à comprendre l’épidémiologie de l’infection due à cette mycobactérie.

 

Évaluation du risque d’exposition dans le contexte du projet « SPARE » : un modèle spatial d’apparition et de diffusion des maladies « exotiques » en Europe

Crescio Maria Ines, Maurella Cristiana, Bertolini Silvia, Mastrantonio Gianluca, Francesco Ingravalle, Bona Maria Cristina, Simons Robin, De Nardi Marco, Adkin Amie, Estrada-Peña Augustin et Ru Giuseppe

Dans cet article, nous décrivons un modèle d’évaluation de l’exposition, explicité spatialement, développé dans le projet « SPARE » (www.spare-europe.eu). En particulier, nous montrons comment nous avons estimé la probabilité spatiale que l’introduction d’un animal infecté par une maladie vectorielle (la fièvre catarrhale ovine, dans notre exemple) mènera, au moins, à un autre animal infecté, en utilisant la région du Piémont de l’Italie du Nord-Ouest comme zone d’exemple. Une recherche bibliographique étendue a conduit à la rédaction d’une liste structurée et systématique de facteurs de risque d’exposition. Cette liste a alors été utilisée pour développer des arbres de probabilité, détaillant les principales branches d’exposition, avec les équations et leur paramétrage. Un modèle stochastique a été mis en œuvre et exécuté. Nous fournissons des cartes affichant une distribution différente de la probabilité d’une transmission secondaire fondée sur le modèle. Cette probabilité est très élevée dans toute la région et la température est le facteur principal : les zones avec des petites poussées de température autour de 23°C pendant la période novembre-avril montrent le risque le plus élevé et l’incertitude la plus faible. Fournir une carte des zones où le bétail est le plus susceptible d’être exposé peut être utile pour établir des politiques nationales de surveillance.

 

INFORMATIONS

 

Master : Surveillance épidémiologique des maladies humaines et animales, 2016-2017

 

Rapport moral 2016

 

Rapport financier 2016