2003-44. Texte intégral

 

Editorial

B. Toma

 

JOURNEE SCIENTIFIQUE AEEMA-AESA du 22 mai 2003

 

Qu’est-ce qu’une maladie émergente ?

B. Toma & E. Thiry

Le concept correspondant à l’émergence d’une maladie n’est pas nouveau. Il avait été développé par Charles Nicolle dès 1930 dans son livre : Naissance, vie et mort des maladies infectieuses, même si le mot lui-même n’y figurait pas. Le mot est devenu à la mode au cours des années 90 et il importe de s’interroger pour savoir s’il correspond à une notion clairement définie et unanimement partagée ou s’il est utilisé trop fréquemment, voire hors de propos. De l’étude de quelques définitions existantes, on peut proposer qu’une maladie émergente soit une maladie dont l’incidence réelle augmente de manière significative dans une population donnée, d’une région donnée et durant une période donnée, par rapport à la situation épidémiologique habituelle de cette maladie. Cette définition s’applique aussi bien aux maladies de l’Homme qu’à celles des animaux ou des végétaux. Même si les maladies émergentes sont principalement de nature infectieuse, il peut s’agir aussi d’autres types de maladies, toxiques, métaboliques ou autre. Cette définition permet d’exclure les biais liés à une augmentation apparente de l’incidence, par exemple à la suite de l’amélioration des méthodes de diagnostic. L’émergence vraie doit donc être clairement distinguée de l’émergence apparente. L’émergence médiatique est également une fausse émergence, qui dépend de la répercussion que donnent les media de divers événements liés à la santé humaine ou animale. Pour conclure, il est possible de proposer quelques recommandations pour l’emploi du concept de l’émergence en pathologie.

 

Comment détecter l’émergence vraie ?

F. Moutou, S. Zientara & A. Lautraite

Un point important dans l’émergence de maladies supposées nouvelles correspond aux méthodes et moyens permettant de les mettre en évidence. Il faut donc distinguer le cas des émergences dites « vraies », par opposition aux émergences ou amplifications liées à des biais de recrutement possibles et pouvant, pour partie, être appelées « émergences médiatiques ». Dans le premier cas, la capacité à détecter ces émergences vraies repose nécessairement sur la sensibilité, la spécificité, la pertinence, et les performances des trois types d’outils suivants : les réseaux d’alerte et/ou d’épidémio-vigilance, les laboratoires spécialisés et les outils de dépistage. Des exemples sont proposés dans ces trois catégories. Il existe des biais inhérents à chacun d’entre eux. Il faut y opposer l’émergence ou amplification « médiatique ». Si les nouvelles technologies offrent de réelles avancés, elles entraînent aussi de nouvelles dérives potentielles, d’autant moins maîtrisées qu’elles sont plus récentes.

 

La faune sauvage, indicateur possible du risque de maladie émergente ?

M. Artois, Emmanuelle Fromont & J. Hars

Le mécanisme épidémiologique d'une émergence à partir de la faune sauvage peut revêtir deux modalités, soit un processus anadémique (anazootique) qui voit un réservoir sauvage auto entretenu, alimenter la population « domestique » en cas (rage vulpine), soit un processus véritablement épidémique (épizootique) qui voit un agent pathogène « sauvage » s'adapter aux populations « domestiques » (peste). La prévision de ces dangers nécessite l'étude de la faune sauvage comme facteur de risque (pour la santé de l'homme et de l'animal). L'identification précoce des épizooties des espèces de faune sauvage pourrait être améliorée par le développement d'outils génériques de dépistage (moléculaires) et de surveillance (informatiques). La prévention de ces risques passe par l'analyse spatiale de la prévalence des maladies de la faune sauvage. A cet égard, certaines espèces sauvages sont utiles à prendre en considération en priorité.

 

Émergences de maladies à transmission vectorielle

F. Rodhain

Ce texte présente les facteurs associés à l’émergence ou la ré-émergence de maladies à transmission vectorielle. Les facteurs susceptibles d’intervenir aux différentes étapes du processus d’émergence sont non seulement nombreux, mais surtout étroitement imbriqués et interdépendants : les émergences sont toujours multifactorielles. Il faut, pour les comprendre, prendre en compte le contexte biologique et climatique, mais aussi le contexte sociologique, économique et politique. C’est pourquoi il est si difficile d’établir un catalogue ordonné des causes et des mécanismes. Ce texte évoque, par ailleurs, les axes d’actions à accomplir en vue de limiter l’émergence ou la ré-émergence des maladies à transmission vectorielle.

 

Adaptation des réseaux de surveillance épidémiologique aux conditions de l’émergence

P. Hendrikx

L’émergence de certaines maladies animales, telles que la fièvre catarrhale ovine et l’encéphalite à virus West-Nile dans le bassin méditerranéen au cours des quatre dernières années, a permis d’illustrer certaines carences des réseaux de surveillance épidémiologique lorsqu’ils sont soumis à des environnements complexes et instables. Plusieurs axes de progrès peuvent être proposés pour les réseaux afin de leur permettre une meilleure adaptation à ces caractéristiques d’émergence. Les deux principaux sont le renforcement de l’analyse du risque et la mise en place de nouvelles procédures de surveillance et moyens de gestion de la communication. Pour les régions méditerranéennes, ces activités pourraient légitimement donner lieu à la création d’un observatoire méditerranéen des maladies animales.

 

Amélioration de la détection d’une maladie émergente : Exemple de l’encéphalopathie spongiforme bovine

C. Saegerman, N. Speybroeck, S. Roels, E. Vanopdenbosch, E. Thiry & D. Berkvens

L’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) est une maladie émergente telle que définie lors de la 69ème Session générale du Comité international de l’Organisation mondiale de la santé animale. L’ESB est un exemple qui montre qu’un changement technologique dans la production des farines de viande et d’os a causé des répercussions dramatiques au Royaume-Uni et ailleurs dans le reste du monde, sur l’élevage, la santé humaine et l’économie dans son ensemble. L’amélioration de la détection de l’ESB repose sur la surveillance clinique (épidémiosurveillance dite passive) et/ou sur l’application de tests rapides de dépistage post mortem (épidémiosurveillance dite active). Une approche méthodologique originale pour améliorer la détection clinique de l’ESB est présentée. Celle-ci est caractérisée par : (i) son aspect exploratoire et interactif, (ii) son indépendance par rapport à la taille de l’échantillon et à la prévalence de la maladie que l’on ne connaît d’ailleurs pas toujours avec précision et (iii) son universalité spatio-temporelle (adaptation possible aux modifications du profil clinique de l’ESB susceptibles d’être observées au cours du temps ou en fonction de la région considérée et adaptation possible à d’autres maladies). La mise en œuvre d’outils d’amélioration de la détection des maladies (ré)-émergentes est susceptible de rendre les réseaux actuels d’épidémiosurveillance plus performants. L’efficacité de tels réseaux ne peut être appréciée qu’à travers des évaluations régulières et/ou l’élaboration et le suivi en continu d’indicateurs de performance. Les épisodes récents de maladies humaines ou animales (ré)-émergentes ont mis également en lumière le rôle important des systèmes mondiaux d’informations sanitaires. Ces systèmes nécessitent des compétences, des ressources et des efforts coordonnés et synergiques entre les autorités réglementaires vétérinaires et médicales.

 

Evaluation de la Journée du 22 mai 2003

Barbara Dufour

 

JOURNEE SCIENTIFIQUE AEEMA-AESA du 23 mai 2003

 

Deux maladies virales émergentes chez les poissons : la nodavirose des espèces marines et l’herpèsvirose de la carpe Koï, Cyprinus carpio

Richard Thiéry, Françoise Pozet et Pierre de Kinkelin

Les nodaviroses marines et l’herpèsvirose de la carpe koï, Cyprinus carpio, sont deux entités virales qui ont émergé chez les poissons dans deux contextes épidémiologiques différents. Depuis 15 ans, les nodaviroses sont décrites chez les larves et les juvéniles d’une trentaine d’espèces marines faisant nouvellement l’objet d’un élevage chez lesquelles elles induisent des encéphalopathies et des rétinopathies assorties de mortalités importantes. Les espèces touchées par cette maladie ont fait ou font l’objet d’un élevage intensif dans les Caraïbes, en Asie, en Europe, dans les océans Indien et Pacifique et, plus récemment, en Amérique du Nord. Les nodavirus des poissons (bétanodavirus) constituent plusieurs génogroupes reflétant l’origine géographique des souches, ce qui est en faveur de la préexistence de ces agents infectieux dans l’environnement : ils auraient ainsi émergé à la faveur de l’intensification des élevages. Au plan épidémiologique, le cas de l’herpèsvirose de la carpe koï est différent. En 1998, des mortalités très sévères, associées à des foyers de nécrose des branchies et des tissus lymphoïdes chez les sujets atteints, avec inclusions virales de type herpès, ont sévi dans les élevages de carpes commune et koï d’Israël. A quelques mois d’intervalle, des tableaux cliniques similaires étaient observés aux Etats-Unis. Un nouvel et même herpèsvirus, appelé « koi herpesvirus » était alors isolé et caractérisé dans les deux pays. Dès l’année 2000, des cas de maladie étaient décrits en Allemagne, Hollande, Belgique, Royaume-Uni et Afrique du Sud. Les études génomiques réalisées sur différentes souches virales sont en faveur de la propagation d’un virus unique. La présence du virus étant probable en France du fait des mouvements commerciaux des poissons, un programme de détection est mis en place, l’infection constituant un danger pour les régions de pisciculture d’étang. L’émergence du virus de la carpe koï semble étroitement liée aux échanges de poissons ayant lieu entre différents pays.

 

Mesure de l’effet de l’hyperimmunisation pour le contrôle de la rhinotrachéite infectieuse bovine dans les troupeaux laitiers en Belgique : analyse de survie

M. Dispas, P. Kerkhofs & E. Thiry

En préfigurant un programme de contrôle de l’IBR basé sur l’hyperimmunisation à l’aide de vaccins marqués gE négatifs, le suivi sérologique individuel des animaux hébergés dans 32 exploitations laitières réparties en trois groupes expérimentaux fut réalisé durant 28 mois. Le premier groupe suivait un protocole de vaccination combinée (vaccins atténués puis inactivés) alors que le deuxième n’était vacciné qu’avec des formulations inactivées. Le troisième groupe servait de contrôle positif. Les groupes furent comparés par analyse de survie, l’événement considéré étant la séroconversion envers la glycoprotéine gE (gE) de l’herpesvirus bovin 1. Les deux protocoles de vaccinations répétées ont permis une réduction significative de l’incidence de séroconversion envers gE par rapport au groupe contrôle. Aucune différence significative entre protocoles d’hyperimmunisation ne fut mise en évidence. Bien qu’ils n’aient pas conféré une protection virologique totale, les deux protocoles de vaccinations pourraient être utilisés comme moyen de contrôle de la rhinotrachéite infectieuse bovine dans les troupeaux laitiers.

 

Evaluation des tests sérologiques utilisés dans le cadre de la surveillance de la fièvre catarrhale du mouton en France

Fabienne Biteau-Coroller, P. Hendrikx, Colette Grillet, E. Albina & F. Roger

Depuis 1998, la bluetongue est apparue comme une maladie émergente dans les pays européens du bassin méditerranéen. Suite aux épizooties qui ont touché la Corse en 2000 et 2001, des études transversales ainsi qu’un programme de surveillance ont été mis en place en Corse et sur le littoral méditerranéen français, zone indemne mais considérée à haut risque. Les deux tests ELISA de compétition qui se situent au cœur de ce dispositif ont été évalués afin de déterminer leurs performances intrinsèques. Des analyses ROC ont été conduites à partir des données collectées durant les épizooties de 2000 et 2001, la RT-PCR ayant été retenue pour déterminer le statut de l’animal vis-à-vis de l’infection. Les aires sous la courbe ROC obtenues étaient respectivement de 0,84 (IC à 95% : 0,73 – 0,95) et 0,78 (IC à 95% : 0,68 – 0,89). Afin d’optimiser les valeurs de sensibilité et spécificité des tests, les seuils ont été redéfinis et les prévalences calculées ont été réévaluées. L’évaluation de ces tests est discutée en particulier par rapport à l’utilisation de la PCR comme test de référence. Des données supplémentaires sont nécessaires afin de préciser le comportement de ces tests lorsqu’ils sont utilisés pour la surveillance dans les zones infectées ou comme outil de vigilance dans les zones indemnes.

 

SITUATION EPIDEMIOLOGIQUE

 

Infection à virus West-Nile en Amérique du Nord

B. Baudet et S. Sidibé

Cet article présente l’évolution de l’épidémie/épizootie d’infection à virus West Nile (VWN) survenue aux États-Unis de 1999 à 2002. Cette maladie antérieurement absente du continent américain est apparue dans le courant de l’année 1999 dans le Nord-Est des États-Unis et s’est étendue en l’espace de quelques années à l’ensemble du pays. Par son ampleur, elle représente la plus grande épidémie à VWN jamais enregistrée dans l’hémisphère Nord. De plus, la mortalité élevée constatée chez les équidés et son impact écologique considérable sur l’avifaune nord-américaine la situent également comme une épizootie majeure. La multiplicité des espèces de moustiques vecteurs suggère que l’infection à VWN est désormais établie de manière permanente en Amérique du Nord.

 

Les virus de la fièvre catarrhale des ovins (FCO) et de la fièvre du Nil occidental (West-Nile) : Le retour !

S. Zientara et Alexandra Mailles

 

INFORMATIONS

 

Rapport moral

F. Moutou

 

Rapport financier

Barbara Dufour

 

Xème ISVEE – VINA DEL MAR – 17-21 novembre 2003

 

Liste des communications orales

 

C.E.S. D’EPIDEMIOLOGIE ANIMALE 2003